En réponse au lancement de l’Opération Epic Fury lancée par les États-Unis et Israël dans le 28 février 2026, l’Iran a décidé de fermer le détroit d’Ormuz, un corridor commercial crucial pour le commerce mondial. Cette fermeture a conduit à une montée vertigineuse des prix du pétrole sur les marchés internationaux et des prix à la pompe. Au-delà de ces conséquences immédiates, le risque pour l’économie mondiale est très important. Dans les paragraphes suivants, je vous explique pourquoi la fermeture de cet étroit passage maritime peut mener avoir des conséquences néfastes pour l’économie mondiale à moyen terme.
Le détroit d’Ormuz est un passage étroit d’environ 50 kilomètres qui sépare le golfe persique du golfe d’Oman dans l’Océan indien. C’est l’unique passage maritime permettant de relier les marches du Golfe (situés sur le golfe persique) vers l’océan et la principale voie de transport utilisée par ces pays pour exporter leurs produits pétroliers vers les marches internationaux. Sept pays partagent le golfe et, donc, utilisent le détroit dans le cadre du commerce international : l’Arabie Saoudite, le Bahrein, les Émirats Arabes Unis, l’Iran, le Koweit, l’Oman et le Qatar.
Quel est le volume de produits énergétiques qui transitent par le détroit?
Environ 20 % de l’offre mondiale de pétrole transite chaque année par le détroit d’Ormuz. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 20 millions de barils de pétrole brut et d’autres produits dérivés du pétrole par jour ont emprunté cette voie 2025. Ce passage est encore plus important pour le marché du gaz naturel, très utilisé dans la production d’électricité en Asie, car il dessert directement le Qatar et les émirats Arabes Unis qui, à eux deux, représentent 20% des exportations de gaz naturel au monde. D’ailleurs, le Qatar, deuxième plus grand producteur de gaz naturel au monde, a annoncé la fermeture du complexe de Ras Laffan, sa plus grande usine de gaz naturel liquéfié, frappé par des drones iraniens le 3 mars 2026.
Quelles sont les alternatives au détroit d’Ormuz?
Actuellement, il existe peu d’alternative permettant de contourner le détroit d’Ormuz et d’expédier le pétrole des pays du Golfe aux marchés internationaux. L’Arabie Saoudite possède l’oléoduc Est-Ouest qui traverse le pays et relie la ville d’Abqaiq (sur le golfe persique) à la mer rouge (au port de Yanbu). Cependant, la capacité disponible de cet oléoduc pour accommoder du volume venant du détroit reste limitée (seulement 2-5 millions de barils par jour disponibles). Quant à l’oléoduc Abu Dhabi (des Émirats Arabes Unis) qui relie Habshan à la ville de Fujairah dans le golfe d’Oman, il a une capacité disponible de seulement 0,7 millions de barils par jour.
De plus, les alternatives pour sortir le gaz naturel produit par le Qatar et les Émirats Arabes Unis vers les marches asiatiques en dehors du détroit sont inexistantes.
Figure 1 : Volume d’exportations en millions de barils par jour (mb/j) de pétrole brut et de produits dérivés du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz par pays de provenance

Source : Agence internationale de l’Énergie
Quels sont les principaux destinataires de ces produits?
Une très faible proportion du pétrole et des produits pétroliers qui transitent par le détroit d’Ormuz est destinée aux marchés nord-américains. Les pays de l’Asie sont principalement exposés à l’arrêt du trafic dans le détroit car ils sont les destinataires de 86 % du pétrole brut et des produits dérivés du pétrole qui y transitent.
Seulement 3,7% du pétrole brut et des produits dérivés du pétrole transitant par le détroit était destinée aux États-Unis en 2025, tandis que 5,8 % était destiné à l’Europe.
Figure 2 : Destination du pétrole qui transite par le détroit d’Ormuz (2025) en million de barils par jour (mb/j)

Source : Agence internationale de l’Énergie
Parmi les pays asiatiques, la Chine et l’Inde sont les pays qui souffriraient le plus d’un arrêt complet du trafic dans le détroit d’Ormuz. En 2025, 28,3 % du pétrole brut et des produits dérivés du pétrole étaient destiné à la Chine, alors que 14,7 % était destiné à l’Inde.
Les pays asiatiques sont encore plus exposés à une chute des exportations du gaz naturel, très utilisé dans la production d’électricité et pour le transport. Selon l’AIE, l’Asie était le principal destinataire des exportations de gaz naturel des Émirats Arabes Unis (90%) en 2025.
Pourquoi une fermeture prolongée du détroit peut mener une crise économique majeure ?
Une fermeture prolongée des prix du pétrole et des produits du pétrole peut conduire à un choc énergétique et une remontée de l’inflation, ce qui peut provoquer un ralentissement économique. Ce ralentissement peut particulièrement frapper sévèrement les économies asiatiques, principaux moteurs de la croissance économique mondiale. Dans son Perspectives Économiques d’Octobre 2025, le Fonds monétaire international (FMI) projetait que la région devrait enregistrer la plus forte croissance au monde en 2026 (3,1 %), tandis que les économies développées devraient enregistrer une maigre croissance de 1.6%. En particulier, la croissance de la Chine et l’Inde était projetée à 4,2% et 6,2% respectivement. La hausse des prix du pétrole peut ralentir la croissance de ces économies, provoquant des retombées importantes pour l’économie mondiale. Plus précisément, la Chine et l’Inde possèdent les principales industries manufacturières au monde, une hausse prolongée des prix du pétrole peut conduire à une des prix des exportations vers les autres économies et à l’inflation.
D’ailleurs, la Réserve fédérale américaine a révisé ses projections de l’inflation pour 2026 à 2.7% (mars 2026) de 2.4% en décembre 2025.
Quels sont les canaux par lesquels la fermeture du détroit peut affecter l’économie mondiale?
Trois canaux principaux peuvent permettre à cette crise de se transformer en une crise économique si elle dure longtemps : l’inflation, la consommation, et le marché du travail :
L’inflation
En général, les chocs des prix de l’énergie sont inflationnistes. L’énergie est un intrant important dans presque toutes les industries, telles que l’industrie de la fabrication des biens et du transport. Même les industries des services ne sont pas épargnées en raison d’une éventuelle hausse des coûts des infrastructures technologiques telles que les puces électroniques et l’opération des centres de données.
De plus, une hausse de l’inflation peut mener à des hausses de taux d’intérêt, ce qui ferait grimper les coûts d’emprunt et ralentirait les investissements et la consommation.
La consommation
La consommation est l’une des principales composantes du produit intérieur brut (PIB), donc un des enjeux principaux de la croissance économique. La hausse des prix du pétrole peut se traduire par une hausse des coûts de plusieurs types de biens et services utilisés par les consommateurs, dont le carburant, le chauffage et les services de transport. Par exemple, les prix à la pompe ont bondi depuis le début de l’opération au début du mois de mars.
La hausse des prix des biens et services peut se traduire à moyen terme par une baisse de la demande agrégée au niveau domestique et au niveau mondial, ce qui peut mener à un ralentissement économique.
Le marché du travail
L’incertitude provoquée par une hausse des prix du pétrole ou par une forte volatilité peut conduire à une baisse des profits et a une chute des investissements si les entreprises ne sont pas en mesure de transférer la totalité de la hausse des coûts de production aux consommateurs. Un tel scenario peut affecter négativement le marché de l’emploi alors que les entreprises mettent sur pause leur plan de recrutement ou procèdent à des mises à pied de leurs employés.
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