Le CELI et le REER sont les deux comptes enregistrés les plus utilisés au Canada. Cependant, malgré leur popularité, la différence entre les deux est souvent incomprise et le choix se révèle souvent un casse-tête pour les contribuables. Dans ce billet, je vais discuter quelques critères à analyser au moment de choisir entre le CELI et le REER afin de bien arrimer ses objectifs financiers avec ses choix de comptes enregistrés.
Différences entre le CELI et le REER
D’abord, faisons un rappel sur la nature des deux comptes. Le CELI est un compte enregistré qui vous permet de générer des gains sur vos placements à l’abri de l’impôt. Par exemple, si vous investissez $ 5 000 dans un CELI et que ce placement génère $ 2 000 de gain en capital après deux années et vous rapporte $ 50 de dividendes. Vous ne paierez aucun impôt sur ces rendements. Cependant, si cet argent était placé dans un compte non enregistré, vous auriez payé de l’impôt sur le gain en capital et sur les dividendes. En revanche, il faut noter que les contributions au CELI ne sont pas déductibles d’impôts, donc ne vous rapportent pas de remboursement d’impôt.
De son côté, le REER est un compte qui vous permet d’économiser pour votre retraite à l’abri de l’impôt. Le secret du REER se trouve dans la croissance de votre placement sur un horizon à long terme sans être imposé, l’imposition étant faite au moment de la sortie des fonds. Cependant, les contributions au REER sont déductibles d’impôt, donc vous font gagner un retour d’impôt.
La contribution autorisée au CELI et au REER est définie par les droits de cotisation annuelle qui sont actuellement de $ 7 500 en 2026 pour le CELI et correspond à 18 % de vos revenus bruts durant l’année précédente pour le REER.
Pour approfondir vos connaissances sur le REER, je vous conseille de lire cette analyse que j’ai publiée sur ce blog.
Critère 1 : Le remboursement d’impôt immédiat du REER
Le REER vous permet de déduire vos contributions de votre revenu imposable. Ainsi, votre impôt à payer diminue et vous bénéficiez d’un remboursement d’impôt. Ainsi, une partie des avantages fiscaux du REER sont collectés immédiatement. Par exemple, si vous avez un salaire de $ 80 000 et que votre taux d’imposition marginal est de 40 %, une cotisation de $ 5 000 au REER vous permettra de réaliser des économies d’impôt de $ 2 000 qui vous seront versées lors de votre déclaration de revenu.
Le CELI ne vous donne pas droit à cette gratification monétaire immédiate. Cependant, vous pouvez combiner la gratification avec votre CELI pour maximiser vos gains fiscaux. L’une des stratégies souvent utilisées est d’investir le remboursement d’impôt généré par le REER dans un CELI afin de faire croître ce montant à l’abri de l’impôt.
Critère 2 : Vos projets d’avenir
L’un des aspects à prendre en compte au moment de choisir entre le CELI et le REER sont les projets financiers ainsi que leur timing. Par exemple, si votre principal objectif financier est d’investir afin de préparer votre retraite, le REER est l’instrument qui vous convient car vous pouvez fructifier vos économies et les sortir au moment où votre taux d’imposition marginal est plus bas.
Cependant, si vous avez d’autres plans financiers qui nécessiteront des sorties de fonds importants avant la retraite, vous pouvez bénéficier de la croissance qu’offre le CELI à l’abri de l’impôt. Par exemple, prenons que vous avez le plan d’acheter une propriété à revenu dans 10 ans et que vous êtes âgé de 35 ans. Dans 10 ans, vous aurez 45 ans et serez encore loin de la retraite. Par conséquent, les fonds sortis de votre REER seront imposés à votre taux marginal d’imposition, qui risque d’être élevé, car 45 ans se trouve dans la tranche d’âge où on s’approche de la zone de revenu élevé dans notre carrière.
À l’opposé, la croissance vos placements à l’abri de l’impôt au cours de ces 10 années peut vous donner les moyens d’entreprendre votre projet d’investissement immobilier sans avoir à vous soucier de l’impôt à payer au gouvernement. Au moment de réaliser ce projet à 45 ans, vous pouvez sortir vos fonds, capital investi et rendement, sans imposition.
Critère 3 : Votre étape dans votre vie professionnelle
Votre étape dans votre parcours professionnel est probablement l’un des aspects les plus importants qui influencent le choix entre le CELI et le REER parce qu’elle est liée fortement à votre taux marginal d’imposition. Par exemple, un jeune diplômé dans la mi- vingtaine, en début de carrière, a généralement un salaire moins élevé aujourd’hui, mais s’attend à des augmentations de salaires à l’avenir. Par conséquent, son taux marginal d’imposition est plus faible aujourd’hui qu’il le sera dans les prochaines années. Une telle personne a intérêt à maximiser d’abord son CELI et laisser une partie des montants de cotisation dans le REER s’accumuler pour les utiliser durant les années suivantes, où le taux marginal d’imposition est plus élevé. Cette stratégie lui permet également de laisser son argent fructifier dans le CELI à très long terme à l’abri de l’impôt.
Illustrons cette situation avec un exemple simple d’un jeune diplômé de 25 ans dont le taux d’imposition marginal est de 25 %. Il a économisé $ 5 000 et veut placer ce montant dans un compte rapportant en moyenne 8 % par année jusqu’à sa retraite dans 40 ans (à 65 ans). Son taux d’imposition marginal à la retraite sera de 35 %. Le graphique ci-dessous nous montre trois scénarios. S’il dépose le tout dans un REER et dépense le retour d’impôt, il pourra sortir $ 70 604 à la retraite après impôt à 65 ans. S’il met le tout dans un CELI, son placement vaudra $ 108 622 alors que s’il place le tout dans un REER et investit le remboursement d’impôt dans un CELI, son placement vaudra $95 750. Donc, dans ce cas, le faible taux d’imposition marginal associé au long horizon de placement fait gagner largement l’option de tout mettre dans un CELI.
Graphique 1:

La situation est différente pour un professionnel au pic de sa carrière qui est imposé à un taux d’imposition marginal élevé et qui s’attend à partir à la retraite au cours des prochaines années. Dans ce cas, contribuer au REER permet de diminuer le revenu imposable de façon plus importante, ce qui réduira l’impôt à payer. L’argent placé dans le REER pourra être investi et les gains pourront être sortis à la retraite à un taux marginal moins élevé.
Illustrons cette situation avec l’exemple d’un professionnel de 50 ans dont le taux d’imposition marginal est de 45 % et qui veut placer $ 10 000. Dans ce cas, le placement dans le REER combiné avec l’investissement du remboursement d’impôt dans le CELI gagne, comme le montre le graphique ci-dessous. En effet, en alliant un rendement non imposé sur le remboursement et en bénéficiant d’un taux d’imposition marginal moins élevé à la sortie des fonds du REER, le contribuable a pu optimiser ses contributions.
Graphique 2:

Note : Les fonds déposés dans le REER sont investis pendant 15 ans alors que les fonds déposés dans le CELI sont investis pendant 14 ans.
Critère 4 : Flexibilité du CELI vs Discipline imposée du REER
Au-delà des avantages fiscaux, l’un des avantages du CELI est la flexibilité qu’il offre en matière d’absence de pénalité au retrait des fonds. Vous pouvez sortir les fonds quand vous voulez d’un CELI. De plus, les droits de cotisations utilisés sont remplacés au début de la prochaine année. Cela rend le CELI attractif, particulièrement pour ceux qui ont des plans dont le timing n’est pas précis, mais qui pourraient nécessiter du financement à moyen terme.
En revanche, cet avantage peut aussi être un inconvénient psychologique pour ceux qui n’ont pas la capacité de l’autodiscipline. Or les finances personnelles, c’est d’abord et avant tout la gestion de ses émotions et des biais psychologiques. Pouvoir sortir son argent quand on veut peut conduire à des écarts réguliers de ses plans financiers à long terme. Dans ce cas, le REER offre un avantage psychologique, en imposant de la discipline via l’imposition des retraits au taux marginal en vigueur durant l’année. De plus, une partie de cet impôt est retenue à la source par l’institution, ce qui devrait décourager encore plus les retraits non nécessaires.
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