Le monde avance en changeant. L’économie change, le capitalisme également. On parle beaucoup ces temps-ci de l’intelligence artificielle et de la manière dont elle va changer nos façons de vivre, de travailler ou même d’aimer. D’autres innovations attirent moins d’attention, tout en ayant des impacts significatifs sur nos modes de vie. L’une d’entre elles est la multiplication et l’expansion géographique des sites web de prédictions, comme Kalshi ou Polymarket.
Ces sites offrent aux consommateurs la possibilité de prédire l’issue d’un événement quelconque, comme un match des Canadiens de Montréal, les résultats d’un scrutin ou la température à une certaine heure de la journée. Polymarket a récemment offert à ses utilisateurs la possibiliser de prédire la probabilité que Jésus retourne en 2026. J’utilise le mot « prédire » car en réalité, c’est un très mot utilisé pour remplacer le mot « miser » et contourner les règles.
Durant la coupe du monde, l’utilisation des sites de prédiction et de paris sportifs a pris son envol. Des millions de jeunes de partout ont sauté sur la possibilité de miser de l’argent sur l’issue de plusieurs rencontres de soccer, faisant monter le potentiel de gains, tout en partageant leurs mises sur internet. L’idée est simple pourtant, les sites de pari sportif ou de prédiction vendent de l’espoir, et le consommateur achète une nuit à rêver du jackpot.
Avec le retour des saisons sportives, comme le football européen, le hockey et la NBA, la tendance va probablement retourner avec le risque de voir nos jeunes développer de l’addiction aux paris sportifs.
Raisonnement économique derrière les paris
Les paris en soi sont basés sur trois raisonnements économiques : le premier c’est qu’à long terme les parieurs participent à un jeu à somme négative (negative sum game), c’est-à-dire les parieurs dans l’ensemble perdent de l’argent, mais l’industrie s’en sort avec les frais (la marge) qu’elle facture pour gérer les paris. Prenons un simple exemple. Jacques mise $10 sur la victoire de son équipe dans un match de hockey, et Jean, quelque part en Caroline, mise $10 sur la défaite. Si la plateforme de pari facture $2.5, à la fin, peu importe le score final de la rencontre, les deux parieurs s’en sortiront avec $17.5 et auront encaissé une perte sèche de $2.5.
Ainsi, dans ce jeu à somme nulle, à long terme, les plateformes de paris s’enrichissent.
Le deuxième raisonnement est que les cotes reflètent presque toutes les informations qui sont disponibles publiquement et qui influencent l’issue l’événement. C’est ce qu’on désigne en finance par l’efficience des marchés. Dans le cas d’un match de soccer, les cotes affichées intègrent les informations qui peuvent influencer l’issue de la rencontre, telles que les blessures, les cartons jaunes accumulés, etc. Alors, à moins que vous pensiez que vous pouvez battre constamment les modèles mathématiques des plateformes, à la longue vous perdrez de l’argent.
Finalement, les gens aiment ça prendre le risque. Cela leur procure un certain plaisir que le calme et la certitude des jours leur enlève. L’industrie des paris le sait aussi. En économie, on parle de l’utilité qu’on tire du risque. Puisque l’individu voudrait maximiser son utilité, c’est-à-dire faire ces choses qui lui procurent un certain sentiment de bien-être, tangiblement ou non, raisonnable ou pas, alors il pourrait s’adonner aux paris dans le but d’aller chercher ce sentiment de bien-être qu’il en tire.
Les paris motivés par des biais comportementaux
Alors, puisqu’il serait très difficile de battre les cotes et probabilités affichées par les paris et que les parieurs perdent de l’argent à long terme, vous devez vous demander pourquoi les individus s’y adonnent ? Deux raisons pourraient l’expliquer : les gens surestiment leurs chances de perdre de l’argent ou les gens le savent mais sont motivés par d’autres biais comportementaux.
Les biais comportementaux ont été très étudiés dans la littérature de la finance et de l’économie récemment. Parmi les biais qui peuvent expliquer la pratique des paris, on peut citer l’excès de confiance, l’asymétrie des préférences et le dilemme des coûts perdus.
J’ai déjà expliqué l’excès de confiance, qui correspond au fait de croire qu’on peut faire mieux que les modèles des plateformes de paris quand il s’agit de déterminer la probabilité d’avoir raison ou tort. Je vais plutôt me concentrer sur les deux autres.
L’asymétrie des préférences correspond à la préférence que l’être humain en soi accorde aux événements à faible probabilité et qui implique un potentiel de retour élevé. La raison est simple : ces événements font monter le niveau d’adrénaline. Ainsi, un pari combiné sur l’issue de six rencontres sportives serait plus excitant qu’un impliquant quatre rencontres, d’où la raison expliquant pourquoi les paris combinés sont si populaires.
Quant au dilemme des coûts perdus, c’est la tendance à vouloir récupérer son argent dans sur le prochain pari. Par exemple, après avoir perdu $20 dans une rencontre sportive à 10 heures du matin le samedi, un parieur pourrait avoir tendance à miser sur la rencontre qui a lieu à midi, car il veut récupérer son argent.
Loisir ou décision financière
En dépit de ces biais, on estime qu’en 2025, les Américains ont misé $167 milliards de dollars en 2025, générant plus de $17 milliards de revenus pour les plateformes de paris. Ces chiffres excluent les activités des sites de prédiction. Ces montants sont considérables, considérant que des études démontrent que les paris ont un impact financier disproportionnel sur les ménages à faibles revenus1, en réduisant particulièrement leur épargne2 (voir référence ci-dessous).
Pour finir, les paris sont souvent considérés comme une sorte de loisir par les individus qui s’y adonnent. Ainsi, les pertes accumulées pourraient être traitées comme des coûts d’entrée Je n’émettrai pas de jugement sur un tel choix, mais le risque d’addiction doit être surveillé car le coût sur ses finances pourrait être élevé.
Sources : 1 https://www.espn.com/espn/betting/story/_/id/48045855/sports-betting-hits-record-1696-billion-revenue-2025
2 https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0304405X26001017
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