Je dois l’avouer dès le début. J’étais plutôt perplexe face au format de 48 équipes de la coupe du monde 2026 quand il a été annoncé. Je craignais la multiplication des confrontations déséquilibrées opposant des grandes nations du football à des petites équipes moins experimentées, ce qui contribuerait à une dilution progressive de ce qui faisait la saveur de cette compétition. Une phase finale de la coupe du monde ne devrait-elle pas réunir les meilleures équipes de chaque continent ? Cet argument, parmi d’autres, semblait alors justifier le maintien du format à 32 équipes. 

Cette coupe du monde m’a pourtant obligé à revoir mon jugement. Elle n’a certes pas supprimé les écarts de niveau, ni dissipé toutes les réserves exprimées avant le tournoi ; mais elle a montré que l’élargissement du tournoi pouvait produire autre chose qu’une simple inflation du nombre de rencontres. Des sélections qu’on attendait peu ont offert des performances remarquables et rappelé que le football demeure un sport collectif dans lequel l’organisation, la solidarité et la discipline peuvent momentanément suspendre la hiérarchie. Parmi ces succès, je ne peux m’empêcher de citer la prestation de l’équipe haïtienne qui, en dépit de trois défaites, a fait bonne figure face au beau jeu du Brésil, résisté aux assauts d’une équipe européenne au budget faramineux (je parle ici de l’Écosse) et a failli arracher le nul face au Maroc, une sélection qui a connu une ascension fulgurante au cours des dernières années. D’ailleurs, je pense que le Maroc demeure l’équipe non-européenne et non-sud-américaine la plus compétitive au niveau mondial et la plus susceptible de gagner la coupe du monde si elle maintient sa progression. 

Cette équipe qui représentait Haiti, un pays en crise, dont le championnat national de première division est suspendu depuis plusieurs années, a su apporter un baume sur les cœurs de tout un peuple dont l’amour pour le football est aussi innocent que celle d’un nourrisson qui découvre le regard affectif de sa mère pour la première fois.

Je pense aussi au Cap-Vert, petit pays d’Afrique dont personne ne donnerait cher la peau avant la compétition, qui a donné du fil à retordre au champion du monde en titre (l’Argentine) mené par un Lionel Messi éternel. Au-delà de cette rencontre, le Cap-Vert, mené par le combatif gardien de but Vozinha, a offert des performances d’une grande qualité face à l’Uruguay et a même arraché un nul face à l’Espagne, le grand gagnant de la compétition. 

Toutes ces « petites » équipes nous ont offert une ode au courage, à l’esprit d’équipe et au bonheur d’être convié à la table des champions et célébrer cette fête mondiale qu’est la Coupe du monde. Leur joie de jouer reflétait les valeurs de ce sport et leur magnanimité dans la défaite contribue à nous rendre impatients de les revoir après quatre ans.

Tout ça pour dire qu’au lieu de nous conduire à l’état de fatigue tant annoncé, ce format nous a permis de découvrir des sélections que l’ancien format a contribué à cacher aux yeux du monde. Il nous a permis de voir des talents cachés et le football chatoyant joué partout, des favelas du Brésil au gazon mal taillé du Curaçao.

Cela ne sous-entend pas que les critiques formulées initialement sur ce format sont invalides. Au contraire, j’espère qu’elles ont été écoutées, discutées et débattues dans la plus grande transparence et le plus grand respect et qu’elles ont contribué à faire de cette compétition l’événement joyeux qui nous a fait vivre tant d’émotions pendant plus d’un mois. C’est plutôt une reconnaissance de l’inclusivité que ce format a proposée. Car le football demeure le sport du peuple, le sport du monde.

Une coupe du monde avec 64 équipes?

Tout porte à croire que 64 équipes disputeront la prochaine Coupe du monde. Je ne suis pas opposé à ce qu’on élargisse cette compétition à plus de sélections. D’ailleurs, c’est une compétition qui se joue chaque quatre ans, alors convier plus de pays à ce rendez-vous pourrait être une bonne idée dans la mesure où elle nous permet de découvrir encore plus la diversité du football mondial et plus de talents.

Cela fournirait également une vitrine mondiale à des dizaines de joueurs qui n’en bénéficient pas, inspirerait les rêves de millions d’enfants à travers le monde, et avec de la chance, forgerait des destins. 

Et peut être qu’un jour, nous regarderons ensemble une sélection qui ne fait pas partie des grandes nations du football soulever cette Coupe. Le Canada peut être. Ou Haiti. Ou le Cap-Vert. Peu importe le pays qui réalisera cette prouesse, j’espère que l’attente ne sera pas longue. Moi, j’en rêve.


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By Jeiel Onel Mezil, CFA

Économiste et détenteur du titre CFA, je suis passionné de littératie financière, d'écriture et des enjeux économiques. J'ai travaillé comme journaliste, analyste financier et économiste. À travers mon blog, j'explore des sujets liés aux finances personnelles comme l’investissement et la retraite, ainsi que sur des enjeux économiques et sociaux contemporains.

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