Disons que vous possédez une unité d’action d’Amazon. Cette action vous donne droit à une minuscule portion du profit de l’entreprise et à certains droits, tels que le droit de voter lors des assemblées générales annuelles. Vous pouvez faire entendre votre voix sur certaines décisions de l’entreprise, mais concentrons-nous sur l’essentiel aujourd’hui. En détenant une action d’Amazon, votre objectif c’est la croissance de votre placement. C’est l’objectif de tous les investisseurs.

La croissance des actions dépend de la profitabilité actuelle et future des activités commerciales de l’entreprise. Amazon vend des produits aux consommateurs sur sa plateforme. Certains de ces produits sont discrétionnaires, c’est-à-dire que les consommateurs en achètent quand ils en ont les moyens. Disons un sac de voyage Patagonia de 300 $.  D’autres produits sont non-discrétionnaires comme des produits de première nécessité. Donc les consommateurs n’ont pas vraiment le choix de les acheter dans les bons comme dans les mauvais moments. Dans une économie qui fonctionne à plein régime, vous pouvez vous attendre à ce que les actions d’une entreprise qui vend des produits discrétionnaires et non discrétionnaires montent quand les données économiques sont positives et que les investisseurs anticipent une inflation stable, c’est-à-dire peu de surprise au niveau de l’inflation non-anticipée.

Maintenant, je vous entends me dire pourquoi j’essaie de faire le lien entre l’inflation anticipée et les prix des actions. En fait, ce qui compte pour les actions, ce sont les profits réels, c’est-à-dire les profits ajustés à l’inflation. En termes simples, plus l’inflation est élevée, plus elle gruge une part importante des profits des entreprises. De plus, elle diminue le pouvoir d’achat des consommateurs, faisant baisser les revenus des entreprises. Donc, votre rêve en tant qu’investisseur est de vivre dans un environnement le plus certain possible en termes de stabilité des prix. 

Ainsi, quand l’inflation est stable, les consommateurs sont plus riches, donc ils achètent plus. Alors, les profits des entreprises augmentent. Amazon, dans notre cas, aura toutes les capacités pour participer activement à l’activité économique. Ainsi, disons que vous achetez un produit pour 100 $ d’un marchand sur Amazon et qu’Amazon réalise un revenu de 10 $ sur la vente. Ce revenu sera divisé en plusieurs parties. Un morceau servira à payer des employés, un autre permettra de maintenir les systèmes informatiques, une autre partie sera utilisée pour payer les impôts et un autre morceau sera versé aux investisseurs sous forme de dividendes. Ainsi de suite.

Crise énergétique, inflation et marché au sommet

Au cours des dernières semaines, les marchés se sont relancés dans l’euphorie de 2025 et ont atteint des sommets. Le S&P500 a clôturé la journée du 2 juin 2026 a un sommet historique de 7 609 alors que l’indice du NASDAQ qui regroupe les grandes enseignes technologiques américaines a clôturé la session á 27 093, un record. Tout cela se passe alors que la crise énergétique causée par la guerre en Iran semble s’enliser. Le weekend dernier, le président américain Donald Trump a annoncé que les États-Unis étaient proches d’un accord avec l’Iran pour mettre fin à la guerre. Cependant, l’Iran a rapidement annoncé que les négociations ont été interrompues. 

Si un accord n’est pas trouvé au cours de l’été, la guerre risque de perdurer, menaçant de causer une hausse de l’inflation sur le moyen terme. Les courbes d’OAS reflètent déjà des anticipations d’une hausse de taux d’intérêt de 25 points de base par la FED alors Donald Trump exige des baisses. 

Une hausse de l’inflation affecterait beaucoup plus les démunis, car ils ont moins de coussins financiers pour s’ajuster à la montée des prix. Une étude publiée par la FED de New York la semaine dernière soulignait déjà la précarité des ménages américains à faible revenu. L’article mentionnait que bien que les dépenses de consommation aient augmenté aux États-Unis depuis 2023, cette augmentation est surtout causée par la croissance des dépenses des ménages les plus riches. 

Ces données devraient interpeller les investisseurs sur les faiblesses qui germent dans l’économie américaine, en dépit des données positives en matière d’emploi et de croissance du PIB. Couplée aux perspectives inflationnistes liées à la guerre en Iran, elles devraient également générer des inquiétudes sur les perspectives de croissances des profits réels des entreprises à court et à moyen terme.

L’intelligence artificielle et l’inflation

Il est possible que les investisseurs fassent des hypothèses qui vont au-delà de l’inflation causée par les prix du pétrole, particulièrement des scénarios plus centrés sur le potentiel de transformation de l’intelligence artificielle. En fait, tout porte à croire que le marché pense que l’IA va accélérer la productivité, réduire les coûts de production, ce qui résulterait en des pressions désinflationnistes. C’est le point de vue du nouveau président de la Reserve fédérale américaine Kevin Warsh.

Cependant, si plusieurs économistes, dont les anciens lauréats du prix Nobel de l’économie Daron Acemoglu et Philippe Aghion, ont estimé des effets positifs de l’IA sur la productivité au cours de la prochaine décennie, l’impact potentiel sur les prix reste encore à discuter.

Pour conclure, il me semble que l’euphorie des marchés en plein choc énergétique traduit pour le moment plus d’un excès d’optimisme sur les impacts potentiels de l’IA et de la nonchalance à l’égard des risques qui pèsent sur l’économie mondiale. Cela devrait conduire les investisseurs particuliers à faire preuve de prudence au cours des prochaines mois.


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By Jeiel Onel Mezil, CFA

Économiste et détenteur du titre CFA, je suis passionné de littératie financière, d'écriture et des enjeux économiques. J'ai travaillé comme journaliste, analyste financier et économiste. À travers mon blog, j'explore des sujets liés aux finances personnelles comme l’investissement et la retraite, ainsi que sur des enjeux économiques et sociaux contemporains.

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